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Le bleu ne fait pas de bruit


Dans quelques jours, je serai dans un pays où il fait bleu. Je tremperai mes pieds dans l'azur de l'océan, je lèverai mes yeux vers le ciel lumineux et je regarderai mon amoureux et notre fils dans le bleu de leurs yeux. Et nous savourerons le silence du bleu. Pour moi, le bleu ne fait pas de bruit.


Depuis que je peins, un constat s'est doucement installé en moi : le bleu ne m'habite pas. Je ne sais pas ce qu'il sent. Je ne sais pas ce qu'il goûte. Je ne sais pas quelle texture il a. Et lorsque je libère la bête créative, le bleu n'est jamais une option. Les seules œuvres où j'ai laissé se pavaner des teintes bleutées m'ont demandé un effort et m'ont imposé une balade en sens opposé de mon inspiration.


Chacune des couleurs qui pavent mes œuvres éveille mes sens. Toujours. La couleur argent résonne comme des gouttes de pluie sur une toiture métallique. Le rouge goûte le café chaud du matin. Le jaune sent la brioche à la cannelle. Le blanc est aérien et doux comme de la farine. Le gris est un écho lors d'une journée brumeuse. Le noir sent le parfum suave de la vanille. Le dorée est dense et lourd. Le cuivre est chaud comme le pelage d'un renard. Un émerveillement, une ouverture et une connexion s'opèrent systématiquement.


Mais en moi, le bleu ne fait pas de bruit. Il n'a aucune saveur, aucune odeur. Il n'effleure pas ma peau. Et à l'horizon, le bleu est néant. Et pourtant; je peux être cordon bleu, j'ai un côté fleur bleue, j'ai déjà ressenti une colère bleue et j'adore me lever à l'heure bleue. Et par-dessus tout, je suis née là où il fait bleu : le bleu de ma belle Gaspésie, de sa mer, de ses rivières, de son ciel pur.


Ai-je perdu le bleu sur la route de mon expatriation ? Suis-je endeuillée du bleu ? Suis-je dans le déni du bleu ? Je n'en sais trop rien. Je crois que la seule explication possible est que je suis atteinte d'un "bleu de mémoire". Et ça, ça me donne les bleus.