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Comme un fauve

Mis à jour : 8 déc. 2019



Mes doigts s’agrippent au sol, à la terre. À chacun de mes pas, je sens l'odeur humide des herbes et de la vie qui bat sous mes pieds près des racines de ces vénérables ancêtres feuillus. Je cours à vive allure. Mes quatre piliers se secondent pour accélérer ma cadence. Je fends l'air et son parfum embaume mon être. Et le paradoxe me frappe. Je suis pourtant humaine, mais ici et maintenant, je cours à quatre pattes. Et c'est la seule option. Il n'y en a jamais eu d'autres. L'animal en moi est pleinement libre de s'exprimer. La cage du réel n'est plus. Et je suis ce fauve, libre et puissant.


Je cherche encore à interpréter cette manifestation répétée de mes songes. J'ai toujours couru à quatre pattes dans mes rêves. Jamais debout. Jamais. Je sais être très près de mes instincts, de mes pulsions de vie et en apprécier toute la valeur dans ma compréhension de l'être humain. Le monde onirique serait-il le lieu idéal, à l'abri des contraintes réelles, pour me vautrer dans ce qu'il y a de plus primitif en moi? Certes.


J'ai la profonde conviction que plusieurs de nos comportements humains sont directement reliés à l'animal que nous portons en nous et aux instincts primitifs de survie qui y sont liés. Nous les avons intellectualisés sous différents libellés : "amour", "estime de soi", "pouvoir", "stratégie", etc. Mais au bout du compte, il s'agit toujours d'instincts de survie.


Et j'ai également la viscérale certitude que la créativité naît de cette capacité à toucher l'animal, la bête, la créature et de la laisser rugir. Et lorsqu'elle le fait, la bête ne pense pas, ne juge pas, ne critique pas. Elle est. Simplement. Créative.