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Mes Barbies avaient-elles peur des monstres sous mon lit ?



Je crois fermement que la créativité réside dans la capacité à retrouver son cœur d'enfant, celui qui n'a pas peur du jugement, qui n'est pas contraint par une logique implacable, qui expérimente à même la matière et qui se laisse voguer vers les possibilités infinies de l'imaginaire. Spontanément, ou dans le but de stimuler mon monde intérieur, il m'arrive souvent de me remémorer certaines réflexions, croyances ou aventures oniriques de mon enfance afin d'explorer de nouvelles avenues créatives.


Lorsque j'étais enfant, mon père m'avait annoncé qu'il avait une accumulation d'eau dans un genou et que cela lui causait de vilaines douleurs. Cette ténébreuse nouvelle m'avait grandement perturbée ; lorsque l'hiver et le froid arriveraient, mon père aurait alors de la glace dans le genou et serait par le fait même paralysé ! Aïe ! Aïe ! Aïe !


Je croyais également que les limites de vitesse indiquaient le nombre maximal de personnes pouvant circuler simultanément sur la route. Heureusement, sur les routes de ma belle Baie-des-Chaleurs en Gaspésie, les infractions à cette règle étaient plutôt rares, du moins, pour ce que mon œil était apte à capter.


J'étais persuadée que si je maintenais une grimace trop longtemps, mon visage resterait figé ainsi pour toujours. Alors, lorsque je me remontais le nez en l'air pour avoir l'air d'un joli cochonnet, je m'écrasais impérativement la truffe sur le visage plusieurs secondes par la suite. L'équilibre était ainsi rétabli et je pouvais régner sur le monde en toute beauté !


Je croyais que l'expression "odeurs nauséabondes" signifiait que les odeurs étaient tellement insupportables qu'elles créaient des "nausées abondes" ("adondes", dans mon langage d'enfant, signifiait "beaucoup de nausées et vraiment dégueu").


Je pensais que les Barbies devenaient des minis humains la nuit (un préquel des lutins de Noël !). J'espérais intensément les surprendre lors d'un réveil la nuit, mais les monstres sous mon lit m'interdisaient toute escapade nocturne.


D'ailleurs, j'avais la certitude que si tout mon corps était recouvert de mes couvertures, je serais protégée de ces infâmes bêtes rôdant sous mon lit et dans ma garde-robe. C'est bien reconnu, une surface de quelques millimètres d’épaisseur rend invisible, même pour les croque-mitaines aux yeux rayon X qui voient à travers les murs !


J'étais persuadée que je pouvais communiquer par la pensée avec les animaux et que c'était un don unique que j'étais la seule à posséder. Je me souviens avoir parfois longuement regardé mes animaux de compagnie dans les yeux et leur avoir insufflé des intentions, proposé des actions ou partagé des secrets. Ils n'ont jamais rien révélé de ces doux moments. Je savais que je pouvais leur faire confiance.


Lors de mes cours d'enseignement religieux à l'école primaire, j'avais interprété la Sainte-Trinité ainsi : "Le père, le fils et le saint d'esprit". J'en avais alors conclu qu'un des trois avait une tête sur les épaules et qu'il s'occupait des deux autres. Une combinaison gagnante !


Et du haut de mes 10 ans, j'avais traduit la phrase "Take my hand, we'll make it I swear" de la chanson "Living on a prayer" de Bon Jovi ainsi : "Prends ma main, on va le faire à souère". Quand on comprend bien l'accent gaspésien, tout cela fait du sens non ?!


Je vous confirme que mon cœur d'enfant vibre encore très fort en moi. Mon enjeu actuel est surtout de le contenir ; les aléas de la vie adulte et ses responsabilités inhérentes imposent parfois un certain sérieux. Mais pour ma part, c'est dans l'ouverture, la prise de risque et le laisser-aller que je grandis intérieurement le plus. Vous ne me croyez pas ? Demandez à la petite coccinelle, on en a déjà jasé ensemble !